L'apprentissage du dessin et de la peinture peut être un combat farouche, il faut sortir du marasme de l’Ignorance pour accéder, au bout d’un épuisant voyage, le doigt hésitant mais volontaire, aux délices de la Barbouille et de la Connaissance.

Inutile de prendre la tangente, il faudra foncer tout droit, car il n’y a de fuite que dans les points. Le geste sera cent fois recommencé. Errances du regard, de l’esprit, de la main… échapper au crible de la raison et ne pas satisfaire cette logique rationnelle consécutive au fonctionnement trop analytique du cerveau gauche…..du lâcher prise !!!

Il faudra colorer la blancheur ennemie, inlassablement, et sans bruit, les couleurs se coucheront, dociles, acceptant les premières maladresses et les profondes détresses s’apparentant singulièrement au syndrome du Titanic !

Effrayante réalité faite d’arbres, de ciel, d’eau, de voûtes, de pierres, de contrastes d’une perfection…insolente et même humiliante, offrant un terrain de jeu énigmatique, presque indigeste.

Alors l’histoire peu à peu se dessinera sur la page, les mots et les maux glisseront, déguisés en images, explorant la troisième dimension. Alors on s’enlisera délicieusement dans le flou artistique, impatients de grandir, on rivalisera d’ingéniosité pour s’affranchir allègrement des exigences géométriques, on s’aventurera parfois à faire des liaisons dangereuses. Dans un désir confus de clarté, on ruminera l’insondable espoir, comme une rivière libérée, de trouver la voie, la vraie, au bout du pinceau. On aurait pu dire avec Gide qu’ "Il est bon de suivre son chemin, pourvu que ce soit en montant ".

Au seuil du grand large, surtout, ne pas se décourager, le bonheur est aussi dans le « Presque ».

Je croque, tu croques…nous craquons !